Bienvenue dans mon univers...




Le malheur
 
 
Nuit gluante au cœur pauvre de la ville à la lueur d’un réverbère, près d’une porte, un homme écrit. Pour se délivrer il écrit à quelqu’un qui n’est personne, il dit l’horreur de sa vie, la misère sans rémission, l’effort, la fatigue et l’injustice, la cruauté des maîtres, le subtil infini des tortures. Et déjà parce qu’il se parle à lui-même et qu'il écoute avec pitié sa propre plainte quelque chose comme une aurore sur un front maigre commence à poindre.
 
Mais, un couteau rampe le long du mur et lui tranche la main.
 
 
 
                                                                                                 Jean Tardieu, Histoires Obscures, "Le malheur"
Mardi 6 mai 2008

 

Prof jetable, femme jetable, une nouvelle race est en train de naître…

 

Comment je me sens ? Qui suis-je ?

 

Une prof au rabais, un bouche-trou sans légitimité.

 

Voilà, je ne serai jamais la légitime, ni d’un homme, ni de cette P_ _ _ _ N d’Education Nationale.

 

J’ai eu 6, seuil d’admissibilité 8, je crois que si j’avais réussi à caser les termes « objets d’étude », « perspective d’étude », « étude des genres et registres », et autres poncifs de bon aloi j’aurais réussi à atteindre les 8…

 

Mais voilà, j’ai une fâcheuse tendance à ne pas faire preuve d’intellectualisme et à écrire comme j’enseigne, avec mon cœur. (Oui oui, je suis aigrie…)

 

C’est comme avec les hommes, si tu ne dis pas le bon mot au bon moment, si tu ne fais pas le bon geste quand ils le souhaitent, si tu n’as pas une once de manipulation en toi…T’es morte, c’est trop facile…Qui veut d’un amour qui se donne ? (Oui oui, je mélange tout…)

 

Le résultat c’est que je me sens nulle, encore une fois, juste une fois de plus. J’ai le sentiment de n’avoir aucune valeur, d’être un imposteur. C’est comme si on m’avait craché dessus. Passe ta route, tu n’es pas digne d’entrer chez nous…

 

J’ai réussi à ne pas pleurer devant mes élèves, à vrai dire, je n’y ai même pas pensé devant eux, ma peine ne m’a même pas effleuré l’esprit. Certainement parce que je n’ai rien à faire devant eux !

 

Mais j’ai pleuré devant mes collègues, me suis effondrée dans ma voiture et pleure encore en écrivant. Pourquoi, me direz-vous ? Tu le savais, tu le disais toi-même que tu n’avais pas travaillé, pas le temps, trop de copies à corriger, de cours à préparer.

 

Mais voilà, y’a trop d’espoir en moi, quand je fais quelque chose j’y crois toujours parce que je donne le meilleur de moi-même et je ne peux m’empêcher de penser, pourquoi pas ? Même si je ne le dis pas. C’est quand je vois le mal que ça me fait que je réalise, qu’une fois encore, j’y croyais.

 

C’est comme les hommes, à chaque fois on me dit…Pourquoi tu pleures ? Ce n’était pas un homme pour toi, pas le bon. Ah oui !!!! Et pourquoi pas ???

 

J’en ai marre des ça viendra et des faut y croire. J’y crois je vous le jure !

 

J’en ai marre des tu as le temps, t’es encore jeune, tu verras ça viendra, y’ a pas de raison. Ben justement, je suis comme sœur Anne, je ne vois rien venir…

 

Je suis juste bonne à regarder l’horizon.

 

C’est quoi ce système qui permet à des gens aussi nuls que moi d’enseigner ??? Je suis bonne à quoi alors si je ne suis pas digne de rentrer dans le cercle ???

 

Je bouche les trous, je suis là pour diminuer celui du budget de la sacro-sainte Education Nationale, ou pour amuser un roi sans divertissement. Parce que ça doit être rigolo de voir quelqu’un qui se donne à fond juste pour la beauté du geste, juste parce qu’il ne sait pas faire autrement. Quand je joue, moi, je ne joue pas forcément pour gagner, je joue parce que si je ne joue pas, je meurs. Je suis juste comme ça… je n’en tire aucune gloire au contraire je me fais pitié.

 

J’ai une épée de Damoclès au dessus de la tête.

 

Je suis une prof jetable, une femme jetable, une nouvelle race qui est en train de naître.

 

Méfiez-vous, je suis comme les virus, je tire ma force des failles d’un système. Cette dernière phrase je n’y crois pas du tout, c’est juste un spasme, un reste d’un instinct de survie qui s’amenuise d’échec en échec

 

Ce soir je ne suis qu’une seule chose :

 

VOUS ETES REFUSEE

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Lundi 5 mai 2008

Bohème II

 

Les hommes que j’aime sont tous un peu bohèmes

Rêveurs, timides ou meneurs, tous des phénomènes !

Les mots sont leur royaume, loin, de la cohorte,

Ils aiment en moi l’admiration que je leur porte.

Pour cela je ne leur jette pas l’anathème,

Ils auront tous été les eaux de mon baptême.

 

Je ne me cacherai plus derrière leurs fières

Ombres, de mes ténèbres jaillira lumière.

Je ne sais si alors on m’en aimera plus,

Mais je vivrai et aimerai mieux, en sus.

Je me nourrirai de la poésie de l’air,

Donnerai en pâture mon amour, à mes vers.

 

                                                                  Mai 2008
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